Les rêves prémonitoires, c’est un sujet sur lequel je communique rarement. D’abord parce que ça ne m’arrive pas tous les quatre matins, ensuite parce que d’autres étudient ce phénomène pour eux-mêmes avec un plus grand intérêt que celui que je m’accorde. Je pense notamment à mes excellents confrères et collaborateurs sur En Filigrane : Chris Vallion et Yohan Valois, tous deux médiums et voyants par ailleurs.
J’aimerais pourtant vous en relater un qui refait surface avec acuité dans ma mémoire à cause d’une triste date anniversaire : celle du 21 septembre.
Les moins de vingt ans « ne peuvent pas la connaître » (vous avez la réf ?) et elle concerne un événement qui s’est produit à Toulouse en 2001.
Un rêve devient prémonitoire quand son contenu s’avère dans la réalité
Il est tôt le matin du 21 septembre 2001. Je rejoins un « Monsieur Dans les cartes » un peu pressé à la table du petit-déjeuner car Il doit bientôt partir au travail. Mon emploi du temps est plus souple que le sien, ce jour-là, et ça se voit : j’ai le cheveu encore hirsute et je baille à m’en décrocher la luette.
Dans le flot minuscule des mots que nous échangeons (ma batterie sociale est plate avant 11 h), je place une anecdote au sujet de mon sommeil :
« Tu vas rire, mais j’ai rêvé que Toulouse avait subi des explosions ou des bombardements et qu’elle n’était plus qu’un champ de ruines dans certains quartiers.
Comme dans un pays en guerre. Des vitres ont volé en éclats, il y avait des gravats partout, c’était spectaculaire et terrifiant. »
J’ai saisi la théière et j’ai rempli ma tasse d’un jet fumant en fixant Monsieur dans les cartes pour voir si son hilarité était à la hauteur de mon amusement : sa mine déconfite montrait clairement que non.
Quand tu joues les Cassandre mais que c’est toi qui n’écoutes pas ta prédiction
À l’époque, nous habitions justement au cœur de Toulouse dans le quartier des Arènes et ce rêve n’avait aucun sens, à part « défouler » peut-être une angoisse, mais je n’avais pas de raison d’être angoissée.
Pourtant, Monsieur dans les cartes est devenu blanc comme un panais et il m’a dit :
« Je sais bien que tu es une petite sorcière et que tu as souvent des visions justes. Je ne sais pas de quoi il s’agit mais je n’irai pas bosser aujourd’hui ; je vais les prévenir de mon absence. »
Ça m’a interloquée car il était très assidu au travail. Même « à moitié mort », il allait bosser quand même. Je n’ai pas insisté mais à mon sens, sa réaction était disproportionnée.
10 h 17 : BOUM !
La plupart d’entre nous connaissent ou se rappellent la suite : à 10 h 17, 300 tonnes de nitrates d’ammonium explosent dans l‘usine AZF, provoquant la mort de 30 personnes, en blessant gravement 2500 et 8000 autres « légèrement ».
Nous avons distinctement entendu deux explosions et les vitres de notre immeuble, ainsi que des immeubles voisins, ont explosé. Pas les nôtres car je passais l’aspirateur à ce moment précis avec les fenêtres ouvertes. Un épais nuage jaune et puant a occulté le ciel. J’ai alors découvert comment je réagissais en cas de danger extrême et immédiat : mon corps s’est comme « émancipé » de mon esprit et « je me suis vue » allumer la radio pour avoir une info fiable puis jeter des valises au sol en prenant connaissance de ce qui venait de se produire. J’ai ouvert les placards et j’ai jeté littéralement des affaires dedans. « Mets tes chaussures, nous partons chez mon père ! » (qui à l’époque vivait dans le Gers). Peu de temps après, nous apprenions par le même canal que la ville était cernée et fermée.
Et c’est ainsi que j’ai sauvé mon époux
Je vous passe les détails de cette catastrophe historique car ce n’est pas le propos de cet article. Quand nous avons pu reprendre nos esprits, plus tard (après être sortis pour aider nos voisins dans le besoin), Monsieur dans les cartes m’a fait cette remarque sur un ton que je n’oublierai jamais : « J’ai bien fait d’écouter ton rêve, tu m’as sauvé la vie ».
Et c’était vrai. Pour se rendre à son boulot, il passait par la route d’Espagne avec son vélo. Donc devant le site, et à l’heure dite car ce jour-là, il embauchait en fin de matinée.
Pourquoi l’avais-je rêvé en amont et pourquoi l’a-t-il pris au sérieux ? Je n’en ai aucune idée. J’ai simplement compris, a posteriori, que ce rêve était prémonitoire.
Était-ce le premier ? Non. En ai-je refait depuis ? Oui. Ce n’est pas la forme de précognition qui se manifeste le plus souvent chez moi — en général je suis éveillée quand je « fais de la voyance ». J’ai un « flair de sentinelle » développé tôt dans mon enfance qui m’a sauvée de plusieurs situations délétères.
L’explosion d’AZF, toutefois, a été l’objet de ma prémonition la plus spectaculaire, et que je n’ai pas écoutée sur le coup.
Mais vous savez quoi ? Un rêve est prémonitoire uniquement quand il se réalise.






Votre témoignage est très intéressant, instructif et absolument émouvant.
Et il me parle d’autant plus que j’ai été étudiant à Toulouse au début des années 90 (1990-1995).
Je disposais alors d’un studio à la Cité Universitaire située à côté du stadium, pas loin de l’usine AZF.
Parfois, le vent transportait son odeur âcre, très particulière, avec sa couleur jaunâtre, au point de nous indisposer momentanément lorsqu’il traversait ce secteur géographique.
Quand votre époux vous dit que vous lui avez « sauvé la vie », c’est à la fois vrai et extrêmement sincère de sa part.
C’est beau d’être aussi lucide sur les évènements stratégiques de sa vie.
Et en même temps, cela parle également du fait que vous êtes protégés sur d’autres plans, que votre rôle devait continuer ailleurs et autrement.
Votre histoire est de celles dont on se souvient, tellement elle est emblématique et marquante.
Merci pour ce partage !