Saga de l’été : Coquillages entre deux trains #2

Saga de l’été : Coquillages entre deux trains #2

Blandine regarde le tirage sans parler. Je la laisse visionner cette carte qui se profile sous ses yeux. 

J’avais déjà ma réponse, enfin pas ma réponse. Mais une carte de sa situation professionnelle.

– Vous voyez, en traçant du doigt l’arc sans toucher la table. Cette ligne qui ondule, frétille, semble faire des pas chassés en partant de moi. Vous la voyez ? C’est pas une ligne droite, c’est une personne, une situation qui hésite et ne sait pas vraiment quoi faire.

– C’est moi ça ?

– En partie oui, c’est vous qui semblez faire face à votre choix professionnel, vous êtes à un stade où vous faites du surplace. Et vous êtes face à un mur que l’on voit avec cette ligne nette qui divise la table en 2. Mais ce mur il est là pour deux raisons, à la fois parce que vous n’avez plus de goût à vos tâches professionnels, c’est sans saveur et ça mes ressentis me le font bien remarquer. 

– Et c’est quoi alors cette seconde raison ? Me dit-elle avec empressement.

– Elle est sous vos yeux depuis le début. Vous voyez ces deux petits coquillages collés presque complices ? Ils me font dire que vous avez des collègues qui agissent ensemble, pas forcément contre vous, mais dans votre dos. Elles ont leur propre agenda et gardent des éléments pour elles.

Silence. Blandine ne dit rien, mais quelque chose dans ses épaules bougea légèrement. Je ne sais pas dire si c’est une tension ou un soulagement. 

– Et lui là-haut ? 

Je désigna ce fameux point coquillage en haut à droite pour la fin, j’aime apporter une clef à chaque histoire. 

– Lui c’est vous, pas maintenant. Du moins pas activement, je pense que vous avez déjà une piste de sortie en tête, mais que vous ne vous y sentez pas capable. Mais le coquillage est dirigé vers la sortie du cadre et tout porte à dire que vous n’avez plus qu’à oser prendre cette issue et tenter votre métier dans de nouvelles conditions. 

Le flot de la gare continua autour de nous sans demander la permission. 

– Donc si je résume, dit-elle enfin. Je tâtonne et fait du surplace, des collègues manigances dans mon dos et mon envie de partir est une piste envisageable, mais je reste face à un mur. 

– C’est en partie vrai. 

-Ce n’est pas rassurant. 

– C’était pas la question. La question s’était : êtes vous bloquée ? La réponse est Non. Vous tâtonnez, votre contexte de travail n’est pas des plus propice. Mais vous savez, une bouée suit le courant en pensant être libre. Vous vous avez encore les pieds dans le sable et vous pouvez décidez d’aller où vous voulez. 

Elle regarda ses mains 20 secondes. 

– Et les personnes dans mon dos je fais quoi avec ? 

– Vous savez déjà qui elles sont, dans le tirage elles sont en face de vous. Et vous n’y pouvez rien, pour avoir une amélioration nette professionnellement, vous devez autonomiser votre travail et avoir votre propre agenda. Ils n’y aura plus de manigances. On le voit bien avec cette petite corne, elle est un objet de convoitise pour vos collègues. Ce n’est pas parce que vous avez l’impression de faire du surplace que tout le monde vous perçois de cette manière. 

Je commençais à ranger mes coquillages un par un. Ma boîte en métal bleu grésillerait dans 10 secondes. 

Elle grésille. 

Et à ce moment, Blandine sourit. Tout semblait faire sens en elle. 

Elle repartie vers les quais avec l’air de quelqu’un qui avait une idée en tête mais qui ne savait pas encore quoi. Elle semblait avoir ces petits pas rebondissant et l’impulsant vers une piste ingénieuse. 

Je finis mon thé debout, les yeux dans le flot de cette gare en mouvement. Les fourmis filaient, les papillons cherchaient leur lumière. Le phasme à la veste grise était toujours là, à se fondre au mur en étant adossé contre lui. 

Au moment de partir, je dis « à bientôt » à ma petite table. Le monsieur du kiosque me regarde d’un air inquisiteur. 

– c’est poli, c’est tout. 

Je remis mon sac sur le dos et je vérifia si ma boite bleue était bien dans le fond de ma poche droite, et je rentrai dans le courant de cette foule qui me permettait de redevenir une fourmi l’espace d’un instant. 

——

## Article – Des coquillages parmi la fourmilière. 

Chacun à sa méthode de divination, tout comme nous n’aimons pas faire les mêmes photos ou boire du Thé vert aux mêmes heures de la journée, nous avons tous une manière de percevoir l’avenir différemment. 

Quand j’utilise des coquillages, des gâteaux apéros, des noix, des boutons ou autre, j’applique ma grille de lecture. Entre la disposition (les relations entre les objets), les formes qui se dessinent (elles donnent des directions, des cadres, des nœuds ou des zones sécuritaires) et le cadre temporel entre le plus proche et le plus éloigné. 

Cette pratique je l’ai depuis l’enfance, même si de nombreuses traditions en font l’usage (obi & diloggun dans les traditions africaines), chacun l’apprend différemment et très souvent de manière orale. 

Mais le plus important c’est de savoir qu’il n’y a pas de méthode universelle, il y a ce que vous voyez et ce que ça réveille en vous. Donc pas besoin d’être une fourmi pour savoir lancer des coquillages.

— Antoine Le Foll 

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