La fartomancie : Un art divinatoire méconnu ressurgi des archives

La fartomancie : Un art divinatoire méconnu ressurgi des archives

Si vous ne connaissez pas encore mon goût prononcé pour les arts divinatoires, vous allez le découvrir d’ici peu. J’aime par dessus tout découvrir d’anciennes méthodes et comprendre exactement comment elles fonctionnent.

Récemment, des chercheurs de l’Institut de Paléo-Anthropologie de Louvain auraient mis au jour, dans un fonds d’archives longtemps négligé, une série de manuscrits du XIIIe siècle décrivant une pratique divinatoire inédite : la fartomancie.

Si ce nom ne vous dit rien, c’est normal. Les recherches en sont aux prémices et cette pratique a été mise au placard lors de la chute de l’Empire Romain, mais aujourd’hui avec ce que l’on a pu avoir comme éléments, nous vous proposons un mise au clair de cette mancie.

Un peu d’histoire des arts divinatoires

Quand j’ai entendu parler de fartomancie, j’ai été très étonné, voire sceptique. Pour vous expliquer en quoi consiste cette art divinatoire ancien, il faut remettre un peu de contexte.

Puis j’ai creusé. Et là, les choses sont devenues sérieuses.

Pour comprendre pourquoi cette pratique n’est pas aussi absurde qu’elle en a l’air, il faut se rappeler ce que les Romains faisaient déjà sans sourciller. 

Vous connaissez très probablement ces arts divinatoires anciens :

  • L’haruspicine — qui est la lecture de l’avenir dans les entrailles d’animaux qui était pratiquée dans l’Empire Romain et chez les Etrustres.
  • L’aéromancie — qui est la pratique divinatoire par les vents et les phénomènes météorologiques pratiquées également pendant l’Empire Romain.

Et quand je suis tombé sur cette fameuse « fartomancie » le lien m’a semblé évident au vue de ces 2 mancies très répandues à l’époque. Quand on y pense, la logique romaine est simple : tout ce que le monde (ou le corps) émet peut être porteur de sens. Les entrailles, les vents du ciel, la fumée… et pourquoi pas les vents intérieurs ? Le pas est moins grand qu’il n’y paraît.

Le terme savant, d’ailleurs, n’est pas « fartomancie » — ce mot vient de l’anglais fart et ne date que du XXe siècle. Le terme original est physomancie, du grec phûsa (le souffle, le vent intestinal) et manteía (l’art divinatoire, de mantis, le devin). C’est la vulgarisation anglo-saxonne qui a imposé « fartomancie » dans la littérature contemporaine, au grand regret des hellénistes.

La découverte de cette mancie

La redécouverte, on la doit au Dr. Petra Windgassen, archiviste et chercheuse à l’Université de Gand. Fin 2024, elle recense les cartons récupérés après la vente de l’abbaye de Floreffe, en Belgique — une abbaye dont les moines copistes avaient constitué au Moyen Âge un fonds remarquable de manuscrits antiques.

Dans un carton sobrement étiqueté « Divers — météorologie », elle tombe sur un parchemin d’une trentaine de feuillets. Un traité en latin, copié au XIIIe siècle d’après un original présumé du IIIe siècle : le De Flatu Divinatorio. Le Traité des flatulences divinatoires.

Je comprends le moment de flottement. L’archiviste elle-même a probablement regardé le carton deux fois.

Mais ce qui a marqué un tournant dans la redécouverte de ce manuscrit, c’est la correlation avec ce que l’on sait déjà du monde romain. Une étude publiée dans la revue Corps et Psychisme en 2018 rappelle que les latrines publiques romaines étaient des espaces de promiscuité sonore totalement assumée — quarante usagers simultanément à Pergame, dix-sept dans l’espace réservé aux femmes. Les sons y circulaient librement, et personne n’y trouvait à redire.

C’est précisément dans ce contexte que le manuscrit De Flatu Divinatorio situe les premières pratiques de physomancie — non pas comme une curiosité scatologique, mais comme un art d’écoute collective et de lecture de l’avenir. » 

commentaire du Dr. Windgassen sur ses réseaux sociaux.

Et au-delà de ce lien étonnant avec les latrines publiques, il y a une anecdote que je trouve particulièrement savoureuse. Suétone rapporte que l’empereur Claude envisageait un édit impérial autorisant les flatulences à table — parce qu’un convive était tombé malade pour s’être retenu par convenance. On a longtemps lu cette anecdote comme un portrait voulant rendre l’empereur naïf et ridicule. Et si Claude savait quelque chose que nous aurions oublié ?

Alors d’après ce qui a pu être traduit dans ce manuscrit, voici quelques règles primordiales pour faire une bonne fartomancie.

Les règles de la fartomancie

Ce traité m’a surpris par sa technicité et son cadre très clair. Il se compose en 3 niveaux d’écoute et d’interprétation.

  • Selon le timbre : sourd = obstacles à venir / aigu = opportunité imminente.
    Une anecdote raconte qu’un Sénateur au moment de sa prise de parole eu un pet aigu et résonnant dans toute l’Assemblée. Les pythies sur place l’envisagèrent comme un présage d’une action immédiate. La légende dit qu’il acheta une parcelle et qu’il fit construire une villa florissante dessus.
  • Selon la durée : bref = décision rapide à prendre / prolongé = patience requise
  • Selon le contexte alimentaire : à jeun = présage financier / après un repas = présage sentimental ou relationnel

Et ce contexte alimentaire m’a particulièrement amusé. Car le fameux adage Pecunia non olet — L’argent n’a pas d’odeur, a un double sens dans cet esprit divinatoire :

  1. Cet adage est attribué à Vespasien, qui le prononça pour justifier sa taxe sur l’urine vendue aux tanneurs et foulons.
  2. ET dans un sens divinatoire, celui-ci parle des pets silencieux qui annoncent une rentrée d’argent discrète, ou l’argent n’a ni odeur, ni bruit ( à condition que ce soit à jeun). Cela pourrait parler des rentrées d’argents dissimulées car seul le flatuleur peut en être témoin.

La réception dans le milieu académique

Dans le milieu académique la controverse est à son maximum. D’un côté des chercheurs se réjouissent de cette nouvelle et la soutiennent au vu des différentes sources prouvant qu’à cette époque les odeurs corporelles n’étaient pas taboues.

Du côté des enthousiastes, le Pr. Heinrich Blasenius, historien des religions à Leipzig, défend la cohérence du document :

« Le fait que les Romains aient codifié les émissions corporelles dans un cadre divinatoire n’a rien d’improbable. Nous savons qu’ils pratiquaient l’haruspicine, l’aéromancie, la céphaléomancie. La fartomancie s’inscrit dans cette même logique de lecture des signes naturels. Ce qui m’impressionne, c’est la rigueur taxinomique du traité. »  — Pr. Heinrich Blasenius, Archäologischer Anzeiger, janvier 2026

De l’autre côté, la paléographe Dr. Nathalie Soufflard-Lemaire, spécialiste des manuscrits médiévaux à l’EPHE, reste prudente. Et honnêtement, son argument m’a conforté :

« La copie du XIIIe siècle est incontestablement authentique. En revanche, rien ne nous permet d’affirmer que le scribe médiéval n’a pas lui-même composé ce traité. Les moines de Floreffe n’étaient pas dépourvus d’humour. »  — Dr. Nathalie Soufflard-Lemaire, communication personnelle, février 2026

Les analyses au carbone 14 du parchemin sont attendues pour l’été 2026. D’ici là, le doute plane — ce qui, pour un art divinatoire, n’est finalement pas si déplacé.

Mon avis de voyant

Je vais être honnête avec vous. En découvrant la fartomancie, j’ai pris ça à la rigolade avec une bonne dose de scepticisme. Et en associant les pièces du puzzle entre les pratiques divinatoires composées de viscères animales et de présages par les nuages et le vent, je me suis dit que cela tenait la route ! D’autant plus que les tabous à cette ère romaine étaient bien moindres et que les latrines publiques étaient courantes…

Mais après analyse de cette découverte, j’ai compris quelque chose d’essentiel :

C’est qu’une bonne fartomancie se conçoit avec un poisson d’avril et une blague bien structurée.


Tout ce que vous venez de lire sur les latrines romaines, l’haruspicine, l’aéromancie, Suétone, Vespasien et pecunia non olet — c’est rigoureusement vrai. C’est le reste qui est inventé, avec soin et affection.

En espérant que cette petite mascarade vous aura bien fait rire, on revient la semaine prochaine avec un vrai article !

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