« Praticienne en guidance ✨ Thérapeute holistique • Community manager intuitive • Coach de vie • Tarologue. »
Ce n’est pas une caricature. C’est une vraie bio, du genre qu’on croise dix fois par jour en faisant défiler les profils. Cinq étiquettes empilées dans le même petit carré sous une photo tout en étant « intuitif ». Et la question qu’on n’ose pas poser, on se la pose quand même : on consulte qui là exactement ?
Cet article ne va pas pointer du doigt le fait de cumuler plusieurs activités, c’est tout à fait normal de se diversifier. Je vais pointer autre chose : les praticiens qui mettent de l’intuition et de la cartomancie pour tout, partout. Parce qu’à force de mettre des pratiques divinatoires à toutes les sauces, on finit par desservir tout le monde : le client en premier, soi-même, la crédibilité de la divination et la profession.
La prolifération des profils fourre-tout
Il y a quelques années, un voyant était un voyant et un cartomancien était un cartomancien. Aujourd’hui, il est « voyant-thérapeute-coach-CM spirituel ». Le titre s’allonge, l’offre se diversifie, et trois figures reviennent en boucle.
Le community manager intuitif, qui mélange conseils marketing et guidance, et vous vend un calendrier éditorial « aligné avec votre énergie ». Le coach qui, séance après séance, glisse doucement vers la prédiction sans prévenir. Et le « thérapeute » qui sort un jeu de cartes au beau milieu d’un accompagnement censé être psychologique.
Si ça arrive aujourd’hui c’est parce que le métier est précaire et qu’il faut bien vivre. Parce que les marchés sont saturés et qu’il faut se différencier. Et surtout parce que la voyance n’a aucun cadre : pas de titre, pas d’ordre, pas de diplôme. Quand rien ne délimite la pratique, allonger le bras pour saisir celle d’à côté ne coûte rien. Il suffit de la mentionner dans sa bio pour la revendiquer.
Comprenons-nous bien : cumuler n’est pas le problème
Soyons clairs : beaucoup de praticiens cumulent plusieurs activités ; une partie salariat ou une autre activité en indépendant. Et ce n’est pas un problème, au contraire.
Le cumul existe pour plusieurs raisons, que ce soit une réalité économique ou une envie d’avoir plusieurs cordes à son arc, car aujourd’hui, rares sont les praticiens vivant entièrement de leurs consultations. Et le nombre de praticiens déclarés est considérable.
Donc ne condamnons pas le multi-casquettes, au contraire : encourageons-le plus finement.
Le vrai problème : la confusion des cadres
Ce qui pose le plus problème aujourd’hui, c’est la confusion des cadres et le mélange de disciplines incompatibles, mais-qu’on-associe-car-ça-fait-beau-sur-le-papier.
Le cadre déontologique. Vous le savez autant que moi, la voyance n’a de cadre légal que celui que l’on se donne. Et certains en profitent pleinement. Je pense par exemple à cette « psychologue » qu’une connaissance à consultée, et qui au milieu d’une séance lui a tiré les cartes pour savoir ce que faisait son copain quand ils n’étaient pas ensemble… Vous voyez le problème ? Eh bien, on ne mélange pas les disciplines. Quand on suit une thérapie, on ne vient pas prédire l’inconnu avec des cartes. Et pareil dans l’autre sens.
Le cadre relationnel. Mettez-vous à la place de la personne qui consulte : pourquoi vient-elle ? Pour une thérapie ? Pour avoir des prédictions et s’y préparer ? Pour un conseil marketing ? Quand on prend un service, on signe pour quelque chose de concret. Si je veux un conseil marketing sur ma com’, ce n’est pas pour finir avec une réponse du style Vous n’êtes pas aligné à votre valeur pro… Dans ces cas-là je fais appelle à un coach marketing.
Le cadre des compétences. Un bon cartomancien n’est pas forcément un bon marketeux. Et un bon thérapeute n’est pas forcément bon voyant. Ce sont des choses différentes. Je ne dis pas qu’on ne peut être bon que dans un domaine, mais le mélange n’est pas forcément viable. Du conseil en marketing, par exemple, demande des connaissances techniques ET une réflexion à long terme. Ce ne sont pas les cartes qui vont produire cela mais un esprit raisonné et stratégique.
Le cas le plus sensible : la divination déguisée en soin
Parmi ces mélanges d’étiquettes, il y en a un sur lequel il faut être très vigilant : c’est la voyance maquillée en accompagnement thérapeutique. Ce terme n’est pas protégé et n’importe qui peut l’utiliser sans avoir de diplôme ou d’encadrement clair.
Le public qui cherche de l’aide est souvent un public en détresse. Quelqu’un qui va mal cherche du soutien, des réponses et des solutions pour son mal-être. S’il tombe sur une lecture intuitive vendue comme une séance d’accompagnement, il n’aura pas ce dont il a besoin.
Certes il y aura des réponses, mais données sous le prisme d’un oracle qui peut répondre à tout. Et cette « solution » peut créer 2 problèmes :
- Un risque de dépendance et d’emprise, car la personne va vouloir se sentir soutenue et rassurée par un praticien qui pourra lui donner des réponses à tout (sans que ce soit vérifiable). Et cela est pris très au sérieux par les missions du MIVILUDES (la mission de vigilance contre les dérives sectaires)
- Et cela corrompt la mission principale. d’un praticien des arts divinatoires/voyants : prédire des évènements et donner des pistes face à un problème lors d’UN SEUL rendez-vous.
La position d’EnFi : assumer plutôt que maquiller
Chez En Filigrane, on défend une chose simple : Je fais de la voyance, pas de la thérapie. Voici ce que ça peut vous apporter, voici ce que ça ne peut pas.
C’est aussi simple que ça.
Ça n’empêche qu’on peut avoir plusieurs casquettes mais on ne les mélange pas pour autant. Que ce soit pour protéger nos consultants ou nos métiers.
Et lorsque l’on change de casquette, on désigne notre métier par ce qu’il est. Car un voyant qui se fait appeler coach ou thérapeute, c’est sûr que ça parait plus crédible, mais les répercussions ne sont pas les mêmes sur la prestation.
Conclusion : assumer, c’est se rendre respectable
Le paradoxe c’est que ça part souvent d’une bonne intention : vouloir se rendre plus crédible, plus rassurant (on est conscient que la voyance reste un métier de l’ombre), et vouloir sécuriser sa sécurité financière.
Mais ce paradoxe finit par produire l’effet inverse : perdre les gens, et dévaloriser ce qu’est le métier de praticien divinatoire.
Il vaut mieux avoir une casquette avec un logo visible plutôt que 5 casquettes aux logos flous.
Dans notre société actuelle, nos métiers sont fragiles, car « tout le monde peut le faire », mais le faire bien et assurer l’intégrité des valeurs divinatoires et la confiance des gens, ce n’est pas donné à tout le monde.





