La pizzeria au décor rock’n roll vibre au son d’un groupe local. Dans un coin plus calme, une bande de copains est installée, bières et pizzas sur la table. Parmi eux, Victor se rapproche d’Émilie pour entamer une conversation qu’il ne souhaite pas partager avec les autres.
Il lui glisse d’un air taquin :
« Eh dis donc, la médium ! Si tu l’avais senti, pourquoi tu ne m’as pas dit dès le début que j’allais droit dans le mur avec cette nana ? »
Elle lui répond en riant, avant d’engloutir son dernier morceau de pizza :
« Alors que tu ne crois pas à la voyance ? Pour que tu te foutes de moi ? T’es sérieux, là ?
– Mais on est potes ! T’aurais pu essayer… »
Émilie connait suffisamment Victor pour savoir que sa réflexion n’est pas anodine. Elle prend alors un ton plus doux, comme une grande sœur qui se voudrait rassurante :
« Vic’… Tu ne m’avais pas demandé mon avis. Si je m’étais imposée pour te dire ce que je pensais d’elle, que ce soit en médium ou en amie, là, comme un cheveu sur la soupe, comment aurais-tu réagi ?
– Une petite partie de moi se dit que si tu m’avais prévenu… »
Sans finir sa phrase, il jette un regard pensif et contrarié sur le groupe de rock toujours en train de jouer.
Emilie pose sa main sur celle de Victor, le ramenant à la conversation.
« Crois-moi, tu m’aurais envoyée sur les roses. Un avis ne se donne qu’à quelqu’un qui le demande. Et ce qui vaut pour un avis vaut pour une voyance. Par contre, une fois que tu m’as demandé ce que j’en pensais, je t’ai parlé à coeur ouvert. »
Elle prend une gorgée de bière avant de poursuivre.
« Ok, elle t’avait déjà fait du mal quand tu m’as demandé mon avis. Mais avant, t’étais pas prêt à l’entendre. Je ne peux pas m’imposer sous prétexte d’être médium, hein ! C’est pas un passe-droit sur la correction. »
Le reste du groupe continue à rire et à parler fort, inconscient de la discussion un peu plus intime qu’échangent les deux amis. Victor semble réfléchir aux paroles d’Émilie, qui reprend alors :
« Et puis les avis et la voyance n’empêchent pas le libre arbitre. Même après nous avoir demandé notre avis, tu as quand même eu besoin d’éprouver la relation jusqu’au bout.
– T’as raison. Ça n’aurait pas été correct de t’imposer. Et je l’aurais sûrement mal pris. Excuse-moi. Je n’avais pas vu ça comme ça en te posant la question. J’ai réagi avec mon cœur à vif. De toute façon, je n’aurais sûrement rien écouté. J’étais tellement accro que je lui trouvais des excuses. Si l’autre mec ne m’avait pas tout balancé, je serais peut-être encore en train de lui en trouver…. »
La patronne venue débarrasser la table lance à Victor un sourire compatissant. Tant pour acquiescer les dires d’Émilie qu’elle connait bien, que pour soutenir le garçon dont la peine est encore visible.
« Je peux te proposer un deal. Maintenant que tu sembles croire un peu plus à la voyance, si je perçois quelque chose pour toi, je t’en parle ou pas ? »
« Je ne sais pas… Euh… Si ! Si tu sens un truc grave mais évitable, genre un accident de voiture, dis-le moi. Sur d’autres sujets, attends que je te le demande. T’as sûrement raison, il y a des choses qu’on a besoin d’éprouver jusqu’au bout, quoiqu’on nous dise. »
La patronne revient, des verres à la main, pour offrir sa tournée de Limoncello à toute la table, ramenant Victor et Émilie au reste du groupe. Ils échangent un regard complice comme pour clore leur conversation. Une nouvelle forme de compréhension est née entre eux, qui renforce un respect déjà présent entre deux amis.





