Contact défunt pour un sursis

Contact défunt pour un sursis

Contrairement à mes collègues Chris Vallion et Yohan Valois, que j’appelle affectueusement les Ghostbusters, je mentionne peu ma médiumnité.
Parce que je n’aime pas avoir cette aptitude et que je ne fais rien pour la déclencher plus souvent.
Mais elle s’impose à moi de temps en temps dans des circonstances parfois romanesques.

Des frères dans l’éther

Tim, un proche que j’affuble de ce pseudo pour son anonymat, a vécu un temps dans ma région et il m’arrivait de lui rendre visite pour prendre de ses nouvelles.
Un dimanche, il m’a accueillie en bas de son immeuble car il était en retard et devait encore voir un ami avant moi.

— T’as qu’à venir avec moi, comme ça je te le présenterai. Il part en vacances au Portugal et je passe juste récupérer ses clefs pour m’occuper de son chien. 

La maison d’Abel était ancienne, et ce maçon à la retraite passait ses weekends à la retaper.
Plus âgé que Tim, son regard franc et son rire facile me l’ont fait trouver sympathique.
Je le revois très bien dans le salon où nous avons pris place, chacun avec une bière à la main. Il était sur la chaise face à moi et Tim à ma gauche sur un canapé dont j’ai oublié la texture et la couleur aujourd’hui.
Leur discussion bourdonnait à mes oreilles en fond sonore. J’attendais poliment la fin de la visite en coulant de brefs regards sur les clefs posées sur un guéridon marqueté.

Et puis j’ai « senti » qu’il y avait un étage inférieur sous le parquet du salon et j’ai eu la « vision » d’une pièce à l’abandon, une sorte de débarras.
Deux jeunes hommes y étaient. J’ai « pensé » qu’ils étaient frères, que cette maison leur appartenait ou avait appartenu à leurs parents.
Je savais qu’ils étaient morts et que ce que je « sentais » était comme une rémanence ou une empreinte énergétique.
Je ne sais jamais quels termes employer car je ne sais pas expliquer rationnellement ces phénomènes qui ne viennent pas de mon imagination.

— Tu as un sous-sol ? » ai-je demandé à Abel à brûle-pourpoint.
Il a répondu « oui » et j’ai enchaîné sans réfléchir :
— Tu as des squatteurs. Sans doute deux frères. Ou plutôt ce qu’il en reste, c’est-à-dire leurs esprits parce qu’ils sont morts depuis longtemps. Mais t’inquiète, ils sont sympas et ils t’aiment bien.
Le regard éloquent de Tim était inutile : j’étais moi-même surprise d’avoir parlé malgré moi.

Les clefs d’Abel étaient toujours sur la table et le temps s’étirait dans le salon au lieu de nous hâter vers la fin de la visite. Son chien aurait pu me distraire mais il guettait une taupe au jardin, à la sortie de sa galerie.
— Je sais. Ils sont là depuis mon arrivée dans cette maison et moi aussi, je les aime bien.
L’ami de Tim me dévisageait avec une connivence dans l’œil qui ne blaguait pas.
Là, une citation de film m’a traversé l’esprit : « Sympathique. Surréaliste, mais sympathique. » (Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill, pour les non-cinéphiles)
Nous avons pris congé in fine et je n’en ai plus entendu parler pendant un temps.


Une annonce improbable

Et puis à nouveau, au cours d’une promenade avec Tim pour dégourdir les pattes de son Pinscher, j’ai senti la présence des frères défunts. L’un d’eux m’a dit cette chose improbable :
— Préviens Abel. Il doit voir un médecin tout de suite. Il a un problème entre le nombril et les genoux .
Puis quelque chose s’est comme fluidifié là où je venais de sentir leur présence et les sons de la nature sont redevenus audibles.
La voix de Tim aussi :
— Oh, tu m’écoutes ou tu t’en fous ? Je fais quoi, avec Clara, moi ? 
J’ai haussé les épaules en ouvrant les mains vers le ciel :
— Je te l’ai déjà dit : la danse du rigodon, c’est très efficace. Si tu avances, elle recule. Alors laisse-la venir. »

J’ai eu un ton bizarre pour ajouter :
— Ton ami Abel doit voir un médecin très vite. Il a un problème dans la zone du bas-ventre. 
— Tu as vu ça dans tes cartes ?
— Non, les « frères Karamazov » me l’ont dit à l’instant.
Tim a compris de suite à quoi je faisais allusion.
— OK, Jeanne d’Arc. Je le préviens en rentrant.

Tim m’a appelée en fin de journée pour me dire qu’Abel avait accueilli l’annonce comme une évidence. Il avait des douleurs importantes et des symptômes alarmants depuis quelques jours dans la zone indiquée par les frères.
Il s’est rendu aux urgences le lendemain et grâce à cette annonce providentielle, il a survécu quelques années.
Grâce à « l’intervention du bizarre » qui a précédé l’intervention médicale.

newsletter

— L'autre côté —

La newsletter qui vous fait découvrir le sensible en toute transparence.

En filigrane ne vendra pas votre email. Désabonnement en un clic.

A voir aussi

avril 15, 2026
Photo d'une pierre tombale

Passeurs d’âmes : autopsie d’un mythe moderne

Depuis quelques années, dans la sphère ésotérique, les passeurs d’âmes autoproclamés poussent comme les champignons après la pluie et font partie de la panoplie des clichés […]
février 18, 2026
photo avec des objets issus de croyances mélangées (cartes, alien, encens, pendule....)

4 clichés totalement faux sur la médiumnité

S’il y a une part de vérité dans certains clichés qui circulent sur l’ésotérisme, d’autres sont carrément faux et je trouve dommage de les laisser courir […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Contact défunt pour un sursis
Ce site utilise des 🍪 pour analyser son efficacité et comprendre tes besoins, te proposant parfois du contenu de qualité ou de la publicité. En utilisant ce site Web, tu acceptes notre politique de protection des données.
Lire plus