De l’amour impossible à l’âme soeur : témoignage d’une médium

De l’amour impossible à l’âme soeur : témoignage d’une médium

J’ai souvent entendu dire que médiums et voyants seraient voués à un destin solitaire, sous le prétexte d’être incompris, jalousés ou d’effrayer certains de leurs contemporains.

Croire qu’un médium est voué à la solitude est une idée bien triste, et si je peux vous rassurer, je suis la preuve vivante qu’elle est fausse.

Pourtant, j’avoue qu’étant plus jeune, j’ai eu peur que ma médiumnité soit un handicap à l’amour et aux relations en général. Mais ça, c’est parce qu’en tombant sur un con, j’avais pris un mauvais départ.

Le con, c’était Xavier.

Il était mon premier amour, mon crush du lycée. Et à la fac, nous avons emménagé ensemble. Nous avions tout du couple idyllique. Tout du moins, c’est ce que je croyais. À cette époque, je ne faisais pas état de ma médiumnité à tout le monde, mais je ne la cachais pas à Xavier. Et comme un premier amour est rarement le dernier, nous avons fini par nous séparer.

C’est moi qui l’ai quitté. Quand j’ai découvert Nathalie.

« Suzanne, écoute-moi, bébé ! Ok, j’ai déconné, mais je te jure, elle ne compte pas !
_ En gros, tu trahis ma confiance pour une fille dont tu n’as rien à faire ? C’est encore pire pour moi que si tu l’aimais. On touche le fond, là !»

Comme le font souvent les personnes prises en flagrant délit de malhonnêteté, il avait essayé de retourner la situation contre moi :

« T’as fait quoi ? T’as fouillé mes poches, c’est ça ? Ah bravo ! Tu me fliques et tu viens me parler de confiance ?»
_ Mais je n’ai rien fouillé, Xav’ ! Tu sais très bien comment je l’ai deviné ! »

Je n’avais fait ni ses poches, si ses mails. J’en avais eu l’intuition. J’avais eu des cauchemars, des synchronicités, des visions. Je percevais la silhouette d’une femme à la chevelure bouclée, sans pour autant voir son visage. Mais je n’avais rien fouillé. Et puis un matin, en voulant étendre le linge, j’ai trouvé un papier chiffonné dans le tambour de la machine. Sûrement oublié dans une poche. Les quelques mots encore lisibles étaient suffisamment explicites pour confirmer mes prémonitions.

C’est à ce moment de notre dispute qu’il a baissé d’un ton pour lâcher doucement et calmement la phrase qui allait marquer mes années à venir :

« Tous ces trucs que tu devines sans qu’on te le dise… Ou bien sentir la mort des gens avant que ça arrive… Tous ces machins, ça me fout la trouille. Ta médiumnité m’a toujours fait peur. TU me fais peur.»

Ce « tu » posé avec insistance me pétrifia. Cette confession du premier homme de ma vie allait me bloquer pour mes relations futures. J’ai bêtement pensé que c’était à cause de cette peur qu’il s’était rapproché d’une autre.

Après ça, je n’ai plus osé avouer à aucun homme que j’étais médium.
J’allais même plus loin : je le cachais à tout le monde.

Ce qui était stupide. Car à porter un masque, je n’étais pas vraiment moi-même. Par conséquent, mes relations se construisaient sur des données biaisées. Certes, j’étais entourée, mais je n’avais personne à qui me confier en toute sincérité. Ma vie sociale était bien agencée, mais peu satisfaisante. Je m’en accommodais cependant. Excusant mes frustrations par la persuasion que c’était mieux qu’affronter le rejet, la peur ou l’incompréhension. Sauf que porter un masque est le meilleur moyen de se sentir seul dans la foule. Ce serait mentir de dire que j’étais bien dans ma peau à cette période de ma vie.

Puis Samuel est arrivé.
Mon ouragan. Mon coup de foudre.
Je l’ai rencontré par hasard, chez une amie.

Tout est allé très vite. On avait toujours quelque chose à se dire. Alors on ne s’est plus quittés. J’en étais raide et il me le rendait bien. Lui avouer ma différence m’était encore plus impossible qu’à un autre. Et s’il me prenait pour une folle ? Si à lui aussi je lui faisais peur ? Je ne voulais pas prendre le risque de le perdre.

Jusqu’au jour où j’ai gaffé malgré moi. Et apparemment, ce n’était pas la première fois :

« Arrête de t’en faire autant pour demain. Ça va bien se passer. Il a l’air d’une brute mais il est plus impressionnant que méchant.
_ Comment tu sais à quoi ressemble mon nouveau directeur ? 
_ Je présumais, c’est tout. T’as l’air si anxieux ! C’est pas ton genre. »

C’est là qu’il m’a sorti en me prenant par la taille :

« Ouais, c’est ça, moque-toi de moi… T’as un truc en plus, toi, hein ? C’est pas la première fois que je le remarque. Et franchement, c’est cool ! »

Sa réaction spontanée, presque enfantine, ébranlait mes certitudes autant qu’elle me replongeait dans mes doutes. Il avait compris et ça ne l’effrayait pas. Mais combien de temps allait-il trouver ça cool ?

Longtemps. Car les semaines, les mois passaient et Samuel continuait à m’aimer comme j’étais. Il s’amusait même de ma particularité.

C’est là que j’ai compris.

Compris que si j’avais gaffé plusieurs fois sans m’en rendre compte devant Sam, c’est parce qu’il me mettait à l’aise, qu’il me laissait être moi-même. Compris qu’il s’amusait de ce que je devinais sans qu’il me le dise car il n’avait simplement rien à cacher.

Compris qu’avec Xavier, j’avais confondu la cause et la conséquence. Il ne craignait pas la voyance, le paranormal, ni même les fantômes. Il craignait les gens capables de deviner ses magouilles sans besoin de lui faire les poches. J’ai enfin compris que Xavier ne m’avait pas trompée parce que je lui faisais peur ! Je lui faisais peur parce qu’il ne pouvait pas me mentir.

Je comprenais aussi que Samuel n’était pas un héros, en opposition au comportement de Xavier, mais qu’il se comportait comme un amoureux normal là où Xav’ m’aurait voulue manipulable.

Alors, j’ai fini par enlever le masque. Avec tout le monde. Ce qui ne pouvait me mener qu’à l’épanouissement. Enfin ! Et le plus drôle, c’est que je n’ai perdu personne. Pas même ceux qui ne croient pas aux médiums et aux voyants. Parce que les vrais amis se respectent.

J’ajouterai que si Sam croit toujours en moi toutes ces années après, il ne touche à aucun tarot et il a l’intuition d’une boite de conserves. Les gens n’ont pas besoin d’être totalement identiques pour se trouver.

La médiumnité et les différences en général ne condamnent pas à la solitude. Elles révèlent qui mérite de partager nos vies.

La médiumnité permet même de choisir encore mieux nos relations. Car anticiper, deviner, ressentir, c’est un atout. La preuve avec Xavier : avoir un radar à connards intégré m’a été très utile. Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.


newsletter

— L'autre côté —

La newsletter qui vous fait découvrir le sensible en toute transparence.

En filigrane ne vendra pas votre email. Désabonnement en un clic.

A voir aussi

octobre 29, 2025
Livre d'histoire avec citrouille d'halloween

Deux histoires de fantômes pour Halloween

On entend souvent dire qu’un défunt qui se manifeste est une âme errante et tourmentée. Que cette âme a quelque chose d’inachevé dans le monde des […]
octobre 8, 2025
tirage de cartes avec la carte de la Mort en principal

La Mort dans un tirage : spoiler, on y survit

Chaque semaine, je me fais un tirage, généralement le week-end. Principalement comme routine d’entrainement, ça ne m’intéresse pas tant que ça de connaître mon propre avenir […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

De l’amour impossible à l’âme soeur : témoignage d’une médium
Ce site utilise des 🍪 pour analyser son efficacité et comprendre tes besoins, te proposant parfois du contenu de qualité ou de la publicité. En utilisant ce site Web, tu acceptes notre politique de protection des données.
Lire plus