Pour le commun des mortels alias les Moldus, c’est la locution chronologique « avant et après Jésus-Christ » qui est couramment utilisée pour dater des évènements dans le courant de l’Histoire.
Pour nous, les tarologues, c’est un peu différent depuis 2018 qui est naturellement devenu notre An 0. En effet, notre locution chronologique est désormais « avant et après Isabelle Nadolny ».
Mais redevenons un peu sérieux pour ce qui suit !
Au sommaire de cet article, vous découvrirez
- Pourquoi les recherches d’I. Nadolny sont capitales pour les tarologues et les cartomanciens,
- La structure de son livre Les Histoires du Tarot,
- Sa démarche,
- L’intérêt de mieux comprendre les majeurs du Tarot pour interpréter correctement nos tirages de cartes,
- Un extrait choisi.
Historienne de formation et spécialisée dans l’histoire des livres anciens, Isabelle Nadolny travaille à la BNF et nous lui devons une reconnaissance éternelle pour son Histoire du Tarot (éd. Trajectoire — 2018), ainsi que pour son dernier livre paru le 12 novembre 2025 chez le même éditeur,LLes Histoires du Tarot. Actualité oblige, je vais vous parler du plus récent.
En quoi l’apport d’I. Nadolny est-il important dans le milieu des tarologues ?
La question se doit d’être posée car bien entendu, des essais sur l’histoire des cartes en général et des Tarots en particulier ont déjà paru, avec une pertinence inégale.
Parmi les plus connus et dignes d’intérêt, citons notamment Romain Merlin au XIXe siècle et ses Recherches sur les naïbis, Tarots et autres cartes ou bien plus près de nous, l’excellent travail de Thierry Depaulis.
Formidable ! me répondrez-vous ; mais alors, pourquoi cette « passion Isabelle » ?
Pour au moins trois raisons (pas plus car je ne veux pas fatiguer le lectorat d’EnFi, aussi fin connaisseur ou amateur soit-il) :
- Isabelle Nadolny s’est formée au Tarot de Marseille auprès de l’excellent Florian Parisse. Vous pouvez me rétorquer à juste titre que cela ne légitime en rien son travail et vous avez raison. Mais c’est un plus non négligeable car elle a une approche concrète d’un des usages des cartes : la pratique divinatoire. (les autres usages sont le jeu ou la prestidigitation)
- I. Nadolny est historienne de formation, spécialisée dans les livres anciens et travaille à la B.N.F.
Autrement dit, elle connaît et utilise les bons protocoles de recherche et d’analyse de documents et a accès à une foule de textes et d’illustrations anciens. - Son travail est réalisé au moment où l’on fait de nouvelles découvertes et analyses sur les Tarots, confirmant des hypothèses ici, en réfutant d’autres là.
La structure des Histoires du Tarot
Sachez d’abord (oui, avec moi, les préliminaires durent des plombes) que ce livre est axé sur les symboles et leurs signifiants des 22 Majeurs des Tarots. Vous le voyez venir, l’apport majeur — que dis-je : fondamental pour les praticiens ?
L’autrice nous offre d’abord un avant-propos qui nous explique sa démarche, sa motivation et la transition avec son ouvrage précédent.
Chaque arcane fait l’objet d’un chapitre avec son histoire, son contexte historique et un apport de textes anciens et d’iconographies à mourir de joie. Gravures, tableaux, manuscrits, il ne manque rien.
Ainsi, vous vous rappellerez pourquoi vous aimez autant les Tarots : parce que vous aimez aussi l’art sublime.
Et à la fin de chaque chapitre (allitération virelangue à dire à voix haute), I. Nadolny nous offre un conte écrit en lien avec l’arcane étudié, et un QR code pour découvrir le récit (qu’elle contera) en vidéo. (sic)
Sa démarche
Isabelle Nadolny est une conteuse. Je veux dire : professionnellement. Et sa passion des récits et des mythes, contes et autres légendes anciens lui confère une culture qui lui permet des passerelles passionnantes et édifiantes entre les symboles des histoires populaires, païennes et religieuses et celles des Tarots.
Elle nous rappelle ainsi combien les Tarots s’inscrivent dans une époque, une géographie et une culture données, traversées en l’occurrence par le féodalisme, la spiritualité, les guerres et les maladies.
Et sa démarche est rigoureuse en diable car notre autrice nous rappelle ponctuellement que si elle est affirmative sur ce qui est démontré, elle reste prudente et dans le domaine de l’hypothèse pour ce qui ne l’est pas. Et moi, le souci de l’objectivité, c’est ma grande passion !
De l’intérêt de connaître l’histoire des arcanes majeurs du Tarot pour mieux interpréter ses cartes
Alors là, trigger warning (nan, je plaisante) : je vais prêcher pour ma paroisse.
Si je pleure de bonheur à chaque fois que je lis un livre d’Isabelle Nadolny sur les Tarots, c’est aussi parce qu’elle apporte de l’eau à mon moulin de formatrice en Taromancie. Je contextualise toujours les cartes dans mes cours, j’explique leurs symboles et j’historicise autant que faire se peut leurs iconographies. Mais I.N. a lu davantage de sources que moi et est rompue à l’exercice d’en tirer la substantifique moelle. Donc j’enrichis mes connaissances grâce à elle.
Mais surtout, quel bonheur, quand par exemple j’explique que L’Impératrice a un pouvoir limité parce qu’il dépend de son statut d’épouse et de génitrice, ou que le Bateleur est d’abord un délinquant débrouillard appartenant à la cour des (faux) miracles, quel bonheur, disais-je, de pouvoir ajouter devant tel élève sceptique qu’il peut en avoir confirmation sourcée dans les livres d’Isabelle Nadolny herself !
Extrait choisi
La Maison-Dieu, extrait p. 222
« En effet, Maison-Dieu signifie bien la maison de Dieu … Maison vient du latin mansio, mansionis, qui signifie « séjour » , « lieu de séjour » […] C’était un mot synonyme de hostel, « hotel ». La France de l’Ancien Régime était parsemée de maisons-Dieu, d’hôtels-Dieu, édifices destinés à recueillir les malades, les pauvres et les pèlerins… le mot maison-Dieu pouvait aussi désigner des églises […] Soit l’auteur des dénominations des tarots français a voulu d’une manière insidieuse dénoncer les conditions atroces de séjour dans les hôpitaux à cette époque, véritables enfers sur terre où l’on crevait littéralement sur des paillasses couvertes de vermine… Soit cet édifice entouré de feu signifie bien la maison de Dieu, c’est-à-dire un lieu où régnerait la grâce, et d’où les pêcheurs seraient chassés, comme dans cette image d’un minchiate italien, où il semble que l’on puisse voir Adam et Ève chassés du Paradis (fig. 4). »
Pour conclure
Les Histoires du Tarot d’Isabelle Nadolny est un indispensable à avoir dans sa bibliothèque.
Il est riche en informations, en sources et en illustrations et convient aux profanes comme aux tarologues aguerris.
Le livre est grand, de très bonne qualité, avec de sublimes pages de garde qui accompagnent très bien la couverture et la quatrième de couverture. Et toutes les pages sont illustrées même si le texte est dense.
Ne prenez pas peur quand je dis cela car je veux dire par là qu’Isabelle Nadolny respecte ses lecteurs au point de ne pas leur parler comme à des bébés. Et croyez-moi, dans le milieu divinatoire, c’est rassurant et rafraîchissant de recevoir encore de la nourriture culturelle avec de la mâche.
Alors bon appétit, bonne lecture et régalez-vous !
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