Le marché des oracles et des tarots connait une explosion sans précédent depuis quelques années : de nouveaux decks sortent en permanence.
Si certains sont de petites merveilles, d’autres se révèlent assez bancals, voire inutilisables pour un travail sérieux. C’est en partant de ce constat que j’en suis venue à vouloir tester les jeux avant de les acheter.
Mais comment faire ?
J’ai eu l’idée de reproduire temporairement des oracles sur papier pour réaliser mes tests. Cette démarche me permettait de vérifier si le clavier d’interprétation du deck en question était cohérent, donc si c’était un outil fiable.
Ma méthode pour évaluer un oracle
Etape 1 – Le reproduire
Je recrée le jeu en notant les mots clés de chaque carte sur des étiquettes en papier de même taille. Mon objectif n’est pas esthétique : je veux quelque chose de manipulable et de lisible. D’ailleurs, si l’envie vous prend de suivre mon exemple, rien ne vous empêche non plus d’exprimer vos talents manuels et artistiques en variant les supports et les effets de style. Pour ma part, je suis restée ultraminimaliste.
Comment reproduire un jeu qu’on n’a jamais eu en main ? En le cherchant dans les unboxing YouTube, par exemple.
Etape 2 – Évaluer le système dans son ensemble
Une fois la reproduction faite, j’étale toutes les cartes sur une table pour avoir une vision globale. Un bon outil divinatoire doit pouvoir parler de toutes les dimensions de l’existence. Je regarde alors :
- si des situations sont surreprésentées,
- si certaines sont absentes,
- quels sont les mots clés que je trouve inadaptés ou trop ambigus.
Pour cet exercice, je laisse parler mon bon sens.
ATTENTION ! Pour regarder si un deck est équilibré, il ne s’agit pas de chercher à avoir autant de cartes positives que négatives. Ce serait un non-sens complet car hors contexte, toute carte est totalement neutre. Même celle qui semble appartenir à une polarité plus qu’à l’autre. Si vous en doutez, pensez à cette réplique de Morticia Addams : « Ce qui est normal pour l’araignée est juste le chaos pour la mouche. » Cherchez plutôt les situations et leurs opposées dans un souci de complémentarité. La perte et le gain, par exemple, sont des opposés, les deux ont leur place dans un deck, mais ils sont neutres tant qu’ils ne sont pas inscrits dans un contexte. Perdre son passeport juste avant un départ en vacances, c’est négatif, sauf si l’on apprend ensuite que l’avion qu’on a loupé s’est crashé sans survivants.
Etape 3 – Tester sur des situations réelles
Je teste le deck sur des situations concrètes dont je connais déjà l’issue. J’essaye d’aborder les sujets les plus divers possible, qu’il s’agisse de situations privées ou d’actualité. Si le deck n’arrive pas à me décrire certains faits, je l’ajuste et je reteste autant de fois que nécessaire.
C’est un processus certes artisanal mais très formateur !
Etape 4 – Et après ?
Après, il existe plusieurs cas de figure.
- Le deck est bien construit et équilibré : je l’achète sans hésitation (à moins de lui préférer ma version DIY)
- Je le trouve intéressant, mais déséquilibré : je garde ma version réadaptée. Il est toutefois possible que j’achète le deck s’il a seulement des cartes à retirer et aucune à ajouter !
- Le système est équilibré, mais le visuel, la taille des cartes ou la qualité du deck ne me conviennent pas : je n’achète pas le deck, conservant mon esthétique DIY avec le clavier d’interprétation de l’auteur.
- Le jeu est définitivement nul, même remanié : poubelle…
Les défauts systémiques les plus fréquents :
Beaucoup d’oracles issus du développement personnel et du New Age ont :
- des redondances (souvent sentimentales)
- des oublis (souvent sur les éléments difficiles de la vie)
- un mélange inapproprié de croyances ésotériques et de situations terre-à-terre
Avec ces decks, les tirages seront mécaniquement biaisés. Ce n’est plus une question de thème ou de style : cela peut induire en erreur jusqu’à renforcer des illusions chez des personnes vulnérables. Je me souviens par exemple d’un oracle qui comportait plusieurs fois les mots clés « amour », « pardon », « réconciliation » et « âme soeur ». No comment !
Et l’éthique dans tout ça ?
Adapter un deck pour soi relève de l’artisanat privé.
Le vendre, le présenter, l’utiliser publiquement relèverait du plagiat.
Au-delà des droits d’auteur, l’original reste le travail, le mérite, l’opinion et la vérité de son créateur. Qu’on partage ou non ses goûts et ses idées.
Ces decks réappropriés doivent donc rester dans le cadre d’une utilisation exclusivement privée.
Conclusion : vers une autonomie divinatoire
Tester et se réapproprier un deck n’est pas rejeter le marché et les créateurs.
C’est vouloir adapter les outils à son art avec rigueur, respect et créativité. C’est aussi une manière exigeante d’observer, d’analyser, de penser et d’expérimenter.
Ce peut être aussi une solution lorsqu’un jeu, que l’on désire vraiment, est introuvable en neuf comme en occasion, ou quand les finances ne permettent pas d’investir.
C’est aussi un rappel qu’il n’est pas nécessaire de surconsommer pour pratiquer : fabriquer son propre outil est à la portée de tous. Ça rend d’ailleurs l’objet plus authentique, non ?





