Faut-il un « don » pour être une bonne cartomancienne ?

Faut-il un « don » pour être une bonne cartomancienne ?

La battle entre l’inné et l’acquis s’est étendue au domaine de la cartomancie divinatoire dans une période récente.
Jusque dans les 80 (à la louche), il était admis qu’il fallait un don de divination pour tirer les cartes.
La publication à grande échelle des manuels de cartomancie et des jeux de cartes, le développement du New Âge, le regain d’intérêt pour les textes « eso friendly » de Carl Jung et son concept de la synchronicité, ainsi que la « dépénalisation »  de la pratique de la voyance en 1994 ont démocratisé cette pratique ô combien élitiste (coucou la Papesse du Tarot de Marseille, on te voit).

La divination, quèsako ?

Le terme lui-même est intéressant car le CNTRL définit ce terme comme suit :
« Art de deviner, de découvrir ce qui est ignoré ou caché en sortant des voies ordinaires de la connaissance par le recours à des procédés occultes, à des pratiques magiques ; en particulier, art de prédire les événements du futur.

J’ajoute qu’il est un brin sulfureux car il vient du latin divinus, lui-même issu de divus, « divin », donc de Dieu.
Et ce que l’on accorde aux définitions est important car nous avons progressivement remplacé le terme de « divination » par celui de l’« intuition » (connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement).
Et ça, l’intuition, on en possède tous plus ou moins. Tout de suite, monsieur et madame Tout-le-Monde se sentent concernés.

L’intuition est rapidement devenue le produit mass market d’un marché qui rapporte. Dans notre milieu de la voyance, cela a eu pour conséquence un afflux de praticiens qui ont posé leur plaque de voyant sans aucun talent d’anticipation. J’exclus de mon propos les charlatans, bien entendu. Je parle des praticiens de bonne foi.
Constatant les retours négatifs à répétition de leurs clients, certains se sont tournés vers le psycho-tarot ou bien en ont conclu que la divination n’existait pas.

Le support de la cartomancie

La cartomancie est un des nombreux supports qui soutiennent très bien l’intuition.
C’est un langage symbolique avec une syntaxe et une grammaire qui s’interprète par analogie.
Comme tous les instruments, il se doit d’être de qualité et très bien maîtrisé afin que l’intuition de la cartomancienne repose dessus et puisse se déployer dans les meilleures conditions.

Si on lit les cartes, pas besoin d’avoir un don ou du talent ?

J’entends souvent des discours virulents qui s’affrontent entre les tenants d’un talent intuitif qui n’a pas besoin de support et ceux qui affirment que la lecture littérale des cartes supplée entièrement une absence d’intuition.
Ce qui m’amène à faire le parallèle suivant : pour les autres talents (de musicien, pâtissier, mathématicien, etc.), nul ne conteste qu’avoir l’oreille musicale, le sens de la logique ou « le sens de la proportion » d’un chimiste est un « minimum syndical » pour prétendre à exercer les professions concernées.

Le grand écart entre un musicien du dimanche et Mozart

Tout le monde peut s’acheter une flûte à bec en plastique et massacrer L’Ode à la joie dans sa chambre. Mais tout le monde ne deviendra pas Bach ou Mozart.
Et si ces deux génies travaillaient leur art quotidiennement et sans relâche, ils avaient aussi et avant tout un talent immense.
Autrement dit : vous pouvez étudier la cartomancie pendant des années mais sans un minimum de faculté intuitive, vous serez toujours limités.

Moi, par exemple, je ne suis absolument pas manuelle. J’ai la motricité fine d’un Shrek cherchant à coudre une robe sur un mulot nain (merci mon Mercure en chute). Donc je n’ouvrirai jamais un atelier de couture.
C’est vraiment propre à notre milieu de penser qu’il suffit de le vouloir pour que ça marche.
C’est un bon début, certes, mais ce n’est pas assez.

Les limites d’une interprétation des cartes sans intuition

En effet, ce n’est pas suffisant car face à un tirage, plusieurs interprétations sont parfois possibles.
Quelle sera la bonne ? Vous écarterez celles qui ne correspondent pas au sujet de la consultation et qui s’éloignent du message des cartes les plus significatives mais croyez-moi, ce n’est pas toujours suffisant. Et rajouter des cartes pour départager les 2 interprétations toujours en lice ne marche pas à tous les coups.
Or, c’est bien l’intuition qui vous aide à choisir.

J’en profite pour ouvrir une parenthèse : l’intuition est « un mode de fonctionnement ». Ce n’est pas parce que l’on est intuitif que l’on a de bonnes intuitions. De même que pour les personnes logiques. Elles peuvent enchaîner les sophismes en pensant que leur raisonnement est solide.

Les limites d’une voyance sans support

La voyante qui utilise sa seule intuition (voyance pure) n’est pas pour autant meilleure ni plus fiable.
Parce que l’intuition est fragile comme une flamme de bougie qui vacille au moindre courant d’air.
Elle n’est pas toujours au RDV. On ne voit pas forcément « sur commande ». Elle n’est pas toujours très claire non plus. Elle s’hybride avec notre subjectivité et on peut la confondre aussi avec notre imagination.
Les cartes nous aident alors grandement à clarifier ou à détailler notre voyance.

Bilan des courses

Tirer les cartes, c’est bien.
Les tirer avec un minimum de talent de précognition et/ou de rétrocognition, c’est mieux.
La plupart des cartomanciennes en sont venues à toucher les cartes parce qu’elles avaient de l’intuition ou qu’elles faisaient des prédictions. C’est par exemple mon cas. D’autres ont travaillé les cartes sans relâche et on fini par développer leur intuition.
Mais celles qui ont appris les cartes sans un gramme d’intuition dans le sang et qui ont nié en avoir besoin pour faire de la voyance, je les attends pour tester la justesse de leurs prédictions.

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