De la passeuse d’âmes un peu niaise au personnage solitaire et tourmenté, de nombreuses fictions représentent les médiums sous des allures peu réalistes. L’archétype mystérieux et dramatique dominant largement les autres ! Une série se démarque pourtant radicalement des stéréotypes : Medium (2005-2011) avec Patricia Arquette (disponible sur Amazon Prime.)
Inspirée de la vie de la véritable Allison Dubois, cette fiction est celle dans laquelle je me reconnais le plus. Nullement surprenant quand on sait que la médium a été consultante sur le projet. Je vous propose un parallèle entre la série et la réalité.
Le quotidien ordinaire du médium
Le décor est posé d’entrée de jeu : Allison est mise en scène dans les situations les plus banales de la vie courante. Elle est mariée à Jo et mère de 3 filles. Sa maison est celle de toutes les familles de classe moyenne où les deux parents travaillent : ni trop rangée, ni trop en bazar et sans aucun accessoire ésotérique. La famille Dubois pourrait être la vôtre. Et la médiumnité s’intègre tout naturellement dans ce quotidien banal.
Diplômée en droit, Allison travaille en tant que consultante auprès d’un procureur. Elle doit cependant cacher au plus grand nombre l’utilisation de sa médiumnité à ce poste. Elle finit par gagner la confiance de collègues qui étaient pourtant réfractaires aux médiums. Comme beaucoup d’entre nous, face au scepticisme, elle doit adapter sa présentation à ses interlocuteurs et se faire accepter au fil du temps.
Son quotidien ne ressemble en rien à celui des médiums solitaires aux vies dissolues et aux intérieurs sombres.
La complexité des perceptions du médium
Allison fait énormément de rêves prémonitoires et a beaucoup de visions. La série illustre à la perfection la subtilité des prémonitions qui peuvent être symboliques, conditionnelles ou brutes. En voici quelques exemples :
Dans la première saison, Allison ne comprend pas le message d’un défunt qui la met en garde sur l’Australie. Jusqu’à ce qu’elle découvre qu’un grain de beauté de son mari a évolué et ressemble désormais à ce continent. Prémonition symbolique montrant que le médium n’est pas un récepteur passif : il doit souvent décoder ses visions et ses rêves.
L’épisode où elle rêve de la mort de sa fille illustre la nuance des prémonitions conditionnelles. Le rêve montrait que la jeune fille tombait malade suite à l’achat d’une nouvelle maison, à cause d’une contamination des sols. Pas d’exposition à cette contamination, pas de décès ! Voilà qui montre bien que la voyance peut être un outil de prévention plutôt qu’une lecture toujours inéluctable du destin.
Medium met aussi en avant les prémonitions brutes : quand l’information se comprend tout de suite. Mais montrer avec équilibre que cette possibilité ne constitue pas la majorité des prédictions évite l’écueil du médium infaillible et surdoué.
La désacralisation des défunts
Pas d’être de lumière, pas d’entité maléfique, pas de tunnel, pas de séance de spiritisme, pas de syndrôme du passeur d’âme chez Allison.
La série présente les morts comme des gens ordinaires ayant juste changé de plan d’existence. Les défunts conservent leur personnalité. Allison communique avec eux naturellement, exactement comme elle le fait avec les vivants : sans protocole ésotérique. Elle se permet de remettre en place les plus désagréables, loin de la vénération de certaines fictions. Ce qui montre le libre arbitre, tant du défunt que du médium, à accepter ou refuser la communication.
Les défunts n’ont pas forcément besoin d’aide, ils ont parfois juste envie de taper la causette avec Allison. Et quand ils repartent, elle ne se baigne pas dans l’encens ou dans le gros sel pour se purifier.
Voilà qui me rappelle bien ma manière de discuter avec ceux que j’appelle « les voisins d’à côté ».
Le médium et son entourage proche
Bien que Jo croie aux capacités d’Allison et la soutienne, la médiumnité dans le couple est parfois source de tension. Il lui arrive de douter de certaines prémonitions de sa femme. De peur qu’elle prenne parfois une angoisse ou un désir pour une prédiction. Jo ne vit pas la médiumnité, il ne peut qu’essayer de comprendre ce que traverse Allison. On peut alors concevoir qu’il craigne qu’elle se monte parfois la tête et qu‘il cherche alors à la protéger. Tout comme on peut comprendre qu’elle s’en trouve vexée. Mais en réalité, dans cette démarche, chacun d’eux veut le bien de l’autre. Quel médium n’a pas connu ça avec un conjoint, un ami, un parent protecteur ? La série montre que ces tensions sont compréhensibles des deux côtés et qu’il faut composer avec.
La série aborde sans détour la médiumnité infantile. On découvre que sa mère prenait son talent pour un trouble psychologique et lui faisait prendre des cachets. À l’inverse, Allison accompagne ses filles dans la découverte de leur capacité qui se manifeste bien différemment selon les âges. Et avec toute la difficulté que ça implique. La série montre que tous les parents composent du mieux qu’ils peuvent, avec le bagage qui est le leur.
Les fragilités du médium
Allison n’est pas de ces médiums surpuissants et infaillibles. Ni de ces héros constamment tourmentés. Elle reste profondément humaine.
Il lui arrive de boire 2 ou 3 bières pour se couper des défunts. Elle ressent parfois le besoin d’anesthésier sa capacité. Chaque médium embrasse quelquefois ce qui lui permet de couper un peu. De la façon la plus sage pour ceux qui sont dans l’acceptation à la plus destructrice pour les plus tourmentés.
Allison peut être émotionnellement submergée par ses prémonitions les plus effrayantes, lorsque celles-ci sont personnelles. Ce qui l’angoisse et la rend pénible. Quel médium ne plaidera pas coupable sur cet aspect très touchy de notre capacité à entrevoir l’avenir ?
Allison Dubois est, comme moi, née dans les années 70. Les difficultés avec sa mère lorsqu’elle était enfant et le peu de personnes avec qui échanger sur sa particularité montrent comme il a pu être plus compliqué pour les médiums de notre génération de nous construire avec un entourage fermé ou sans communauté avec laquelle partager, comme ce fut le cas ensuite avec l’arrivée d’Internet dans les foyers.
En conclusion
S’il est bien plus excitant de suivre les aventures de fictions plus fantaisistes, la série Medium reste une référence précieuse pour quiconque souhaite comprendre la réalité de la médiumnité. Elle « déstigmatise » cette capacité en montrant qu’elle peut s’intégrer à la vie quotidienne en tout équilibre et qu’aucun folklore ne lui est nécessaire. L’absence d’effets spéciaux montre d’ailleurs la volonté de retranscrire le plus fidèlement les perceptions et les intuitions d’Allison.
D’autres personnages de fiction absolument passionnants montrent à merveille cette capacité d’une manière tout aussi réaliste, mais ils seront le sujet d’autres articles.





